Parce qu’il n’est pas toujours évident d’écouter l’autre lorsqu’on s’écoute soi avant tout, j’écris cet article pour les parents qui seraient peut-être en questionnement sur ce sujet et qui se demanderaient  pourquoi d’autres parents font le choix de dire la vérité à leur enfants sur le fait que le Père Noël n’existe pas.
Ces propos sont personnels et le but n’est pas forcément d’amener les personnes à changer d’avis sur le sujet mais simplement de comprendre qu’il y a d’autres façons de penser. Pourquoi donc dire la vérité aux enfants à ce sujet ? Parce que selon moi, faire croire au Père Noël c’est :
1. Nourrir la crédulité plus que l’imagination :
Souvent, dans le fait de faire croire au Père Noël, ce n’est pas l’imagination de l’enfant que l’on nourrit puisque c’est les adultes bien souvent qui font eux preuve d’imagination/créativité pour inventer toute forme d’histoires, de situations, d’anecdotes pour que l’enfant imagine ce que les adultes imaginent pour eux. Il ne se l’inventent donc pas comme ils pourraient imaginer seule une histoire quand ils jouent ou lisent.
Par contre, il est souvent question de s’appuyer sur la crédulité de l’enfant, de sa confiance en adulte pour qu’il finisse par croire en une histoire créée qu’il ne s’est pas lui-même imaginé.
Ainsi, on nourrit davantage la crédulité de l’enfant que son imagination lorsqu’on lui fait croire à tout prix quelque chose dont on sait pertinemment que ça n’existe pas.
Pourtant, bien souvent, les enfants ont la capacité de développer leur propre créativité et si les parents peuvent les accompagner dans ce sens en leur laissant parfois « s’ennuyer », en leur laissant détourner des objets du quotidien pour faire par exemple de la chaussure une voiture volante ou du peigne un balai, …il n’est pas utile de leur “forcer” à croire quelque chose de faux pour que leur imaginaire se développe.
2. Développer la peur :
Beaucoup d’enfants (surtout les plus jeunes) ont peur du personnage du Père Noël. Il suffit de s’arrêter dans un magasin durant la période de Noël et d’observer le nombre d’enfants qui pleurent ou se cachent en voyant le fameux Père Noël.
Au-delà de la peur du personnage lorsqu’ils le voit, plusieurs enfants ont peur de ce que le Père Noël pourraient leur faire. En effet, les parents n’hésitent pas à « déifier » le Père Noël en lui accordant une omniprésence, omniscience, omnipotence,…: le Père Noël sait si l’enfant n’a pas été sage dans l’année : il voit tout, sait tout, entend tout et peut tout faire au point d’être à plusieurs endroit dans le monde la même nuit pour distribuer des cadeaux.
Parfois, il arrive même que l’autorité/responsabilité du parent soit déléguée au Père Noël ou les personnages qui pourraient l’accompagner (lutins, mère noël, Saint Nicolas, etc.) et que les discours poussent les enfants à la crainte d’être jugés, punis, fouettés, rejetés ou autre.
Bref, tout cela n’est pas forcément très bienveillant bien que souvent fait par reproduction d’une éducation reçue.
3. Conditionner l’amour/ développer l’injustice :
Ce qui semble revenir souvent lorsque les parents font croire au Père Noël c’est que le cadeau, cette manifestation de l’amour porté à l’enfant, doit se mériter par le fait d’avoir été gentil et/ou sage.
Dans certaines fratrie, des enfants vont même jusqu’à « dénoncer » le frère/la sœur qui a été méchant car il mériterait moins de cadeaux et d’amour. Et cela va jusqu’à des fois créer de la concurrence entre frères et sœurs pour savoir qui a le plus beau, le plus gros, le meilleur des cadeaux,… pour mesurer implicitement celui qui est le plus aimé.
La notion d’injustice peut se développer car, à Noël, au final tous les enfants finissent par recevoir un cadeau (même ceux qui ont été le moins sage).  Les enfants qui ont souvent besoin de justesse, de précision, de justice, … ne comprennent pas toujours pourquoi finalement untel a un cadeau alors qu’il est souvent méchant.
Il y a différent langage de l’amour et le fait de transmettre un cadeau est une manière claire de démontrer son amour. Chez les enfants, les menaces du type « si tu n’es pas sage tu n’auras pas de cadeaux » peuvent être comprises par « si je ne suis pas gentil je n’ai pas droit à l’amour ». Or, un parent aime t-il son enfant que quand il est tout beau, tout propre, en bonne santé et sage ? Le parent n’a t-il plus d’amour pour son propre enfant lorsque celui-ci le réveille en pleine nuit, casse un verre, écrit sur un mur ou n’obéit pas toujours ? …
Conditionner l’amour est à mon sens un encouragement à faire croire à l’enfant, dès le plus jeunes âge, que l’affection des autres doit constamment se mériter par des actions. Bien vite, il découvrira que l’on ne peut pas satisfaire tout le monde. Les parents eux mêmes sont différents. Là où un des parents trouvera magnifique de l’enfant fasse tel chose (ex : il est autonome car il sait monter seul dans les escaliers), l’autre pourra trouver qu’il s’agit d’une énorme bêtise (ex: il peut tomber et s’ouvrir le crâne, il n’est ni sage ni gentil de monter les escaliers alors que ça me fait peur).
Certes un cadeau peut se mériter mais durant la période de Noël où la plupart des enfants reçoivent des cadeaux, dire qu’un n’en aura pas s’il n’est pas gentil renvoie parfois au fait de ne pas avoir droit à de l’amour si on est pas bon, parfait, sans tâches,…
4. Donner de fausses réponses à de vraies questions :
S’ils sont pour beaucoup crédules, les enfants ne sont pas aussi naïfs qu’on le croit. Il n’est pas rare, face aux histoires contées en rapport avec le Père Noël, que les enfants s’interrogent sur le fait que :
  • Le Père Noël peut-il tout savoir de ce que font les enfants dans l’année ?
  • Comment peut-il être partout en même temps ?
  • Comment peut-il venir dans la maison alors que tout est fermé ?
  • Comment peut-il lire toutes les lettre reçues ?
  • Etc.
Derrières ces interrogations légitimes, les parents vont souvent inventer toutes formes de mensonges au mensonge principal et au final pousse l’enfant à croire n’importe quoi et à être perdu entre le vrai du faux par la suite. L’imaginaire rend ainsi tout possible mais s’il est important que l’enfant développe sa propre créativité, il est également nécessaire qu’il puisse avoir des références (comme ses parents) vers qui se tourner pour avoir de vraies réponses à ses questions.
Cela va peut paraître exagéré comme comparaison mais quand on lit aujourd’hui que des enfants de 7/8 ans ont accès à la pornographie et découvre la sexualité par leurs copains en qui ils ont plus confiance que leur propre parents, ça interroge  sur le rôle parental.
Il est important pour un parent d’être un modèle, d’être crédible et même si le parent n’a pas toujours les mots justes et parfaits pour répondre à toutes les questions, il est nécessaire qu’un enfant ait confiance en ses parents, qu’il sache que ce dernier n’abuse pas de sa naïveté, qu’il peut avoir confiance en la parole de ses parents et que  que ces derniers ne se moquent pas de lui. On peut minimiser comme on veut l’impact d’un “petit mensonge” pour le bien d’un enfant, il y a une cassure dans le cœur et la relation des individus lorsqu’ils réalisent qu’une personne en qui ils avaient confiance leur a sciemment caché une vérité.
La société a évolué et on n’est dans l’ère des « digital native »: des enfants qui grandissent dans un environnement numérique et qui a 6 ans peuvent subtiliser la tablette d’un parent pour savoir comment on fait des bébés et tomber sur des vidéos où il y a quelques années nous n’avions même pas accès. On est dans l’époque où lorsque des enfants de 4 ans rentrent avec leurs parents dans un tabac/presse pour récupérer un colis et/ou acheter un livre de presse, leur tête d’enfant se retrouve nez à nez avec des magazines pornographiques alors qu’il y a des années ces mêmes magazines étaient placés en hauteur.
Donc même si mon propos peut paraître disproportionné, de la même façon que je crois qu’il n’ait pas bon qu’un petit garçon puisse croire que quand une fille dit non c’est qu’elle pense oui parce que des copains lui aurait dit que dans des vidéos vu sur internet c’est comme ça, de la même manière, je crois que lorsque des enfants posent de vraies questions qui sont importantes à leur yeux à eux, il faut rester en tant que parent crédible.
Je ne suis absolument pas convaincue que donner de fausses réponses à de vraies questions entretiennent un imaginaire bénéfique à l’enfant et si c’était le prix à payer pour qu’un enfant soit créatif, je crois que je choisirai d’avoir un enfant un peu moins dans l’imaginaire mais qui croit qu’un adulte peut lui apporter des vraies réponses à ses questionnements.
5. Se moquer de son propre enfant, s’amuser/abuser de sa naïveté, son innocence, sa faiblesse :
Il est à mon sens essentiel qu’un enfant puisse développer la confiance qu’il porte en ses parents.
J’ai dû mal avec le fait que les enfants puissent être l’objet de  moqueries, qu’on abuse de leur faiblesse, naïveté, innocence, .. pour leur faire croire tout et n’importe quoi.
Il est tout à fait possible de raconter ce que dit l’histoire du Père Noël (comme la souris verte qui court dans l’herbe ou le chaperon rouge mangé par un loup) sans rentrer dans des scénarios qui place l’enfant comme l’objet de moquerie de ses parents.
6. Limiter la manifestation de la gratitude qui est bonne pour celui qui la donne et qui la reçoit :
Au moment de la remise des cadeaux de fin d’année, les enfants à qui on fait croire que le Père Noël a apporté les cadeaux sont privés de l’opportunité de manifester leur gratitude. Ces enfants peuvent tout à fait être plus reconnaissants que ceux à qui ont peut dire la vérité à ce sujet, là n’est pas tant la question. Le sujet est qu’à ce moment là, les enfants à qui ont fait croire au Père Noël sont privés de manifester leur gratitude alors que démontrer sa reconnaissance envers une personne physique (par un sourire, un merci, un câlin,..) est bénéfique pour soi et pour celui qui reçoit cette reconnaissance.
7. Briser la confiance parents/adultes-enfants :
Il arrivera forcément un moment où l’enfant connaîtra la vérité parce qu’il se rendra compte d’incohérences, parce qu’il verra par lui même les parents acheter, cacher, déposer les cadeaux, parce qu’on le lui dira, ….peu importe : la vérité sur le fait que le Père Noël n’existe pas finira par être su.
L’enfant qui jusqu’à lors avait pour référence le parent/l’adulte, qui plaçait en lui une confiance parfois sans limite, se disait qu’il pouvait compter sur lui, découvre alors que son parent peut faire bien plus que lui cacher la vérité, il peut lui dire et entretenir sur du long terme quelque chose de faux. Non seulement ses parents mais aussi parfois sa fratrie (quand d’autres le savent et ont reçu l’instruction de ne rien dire) et l’entourage tel que les oncles, tantes, etc. Ce mensonge collectif entretenu dont il a été la victime conduit à une perte de repère (même si elle est brève) et à une confiance en des personnes de référence qui est brisée.
Plusieurs fois, j’ai demandé à des personnes comment elle avaient découvert que le Père Noël n’existait pas et ce qu’elles avaient ressenti en découvrant la vérité à ce sujet. Les sentiments et émotions  telles que : la trahison, la colère, le dégoût, la tristesse, … découlent bien souvent de cette révélation. Certes il y a rarement de traumatismes qui vont jusqu’à avoir besoin de faire une psychanalyse. Toutefois, cette petite “pierre” dans la relation sera toujours là tel un cailloux dans la chaussure. On peut l’oublier, ne pas y penser, au fond elle existe. Plusieurs adultes n’ont pas toujours des relations qui soient les meilleurs avec leurs parents. Lorsque c’est le cas, les principaux motifs de cette mauvaise relation sont liés à la perte de la confiance, la colère à leur égard, la déception etc.
La famille peut être un endroit sécurisant où tout n’est pas parfait, où il peut y avoir des déceptions, où on peut certes ne pas tout dire (et souvent c’est nécessaire pour préserver l’enfant), où on peut faire des erreurs,… Toutefois cela est à dissocier du fait de sciemment dire une chose que l’on sait pertinemment fausse, entretenir cela parfois sur plusieurs années, impliquer l’entourage comme dans un secret/complot collectif et au final dire « ohh c’était pour que tu rêves ».
Aussi, après cette révélation que lePpère Noël n’était pas réel, l’enfant peut légitiment se demander si tout le reste était vrai, à quel moment ses parents et entourage proche lui ont fait croire à quelque chose de faux ?  Il y a perte de confiance en l’autre mais finalement aussi en soi, en sa capacité à savoir quand c’est une blague et quand ça ne l’est pas, à pouvoir repérer quand on nous dit une chose réelle de celle qui ne l’est pas.
8. Entretenir une atmosphère de cachotterie/mensonge :
Cela n’est pas toujours le cas mais il arrive que des enfants réalisent que le Père Noël n’existe pas mais continuent à faire comme s’ils n’étaient pas au courant.
Un endroit où grand-parents, oncles, tantes, parents, cousins/cousines, frères/sœurs, … entretiennent pendant des années des cachotteries alors que cela n’est pas indispensable à la sécurité de l’enfant (et même contraire à sa sécurité affective souvent), ce n’est pas l’environnement familial le plus sain.
Les périodes de fin d’année sont l’occasion d’insister sur le partage, l’entraide, la famille, la mesure (car souvent on mange de façon démesurée, les cadeaux sont offerts à outrance au point que certains enfants ne les apprécient même pas), le plaisir d’être ensemble, etc.
9. Offrir à son enfant de l’incohérence, de l’incompréhension, de la contradiction et de la frustration :
C’est le dernier point que j’aimerais aborder c’est l’incohérence d’accompagner son enfant à  ne pas mentir et de ne pas être un exemple dans ce domaine. Parfois, lorsque l’enfant connaît la vérité, cela va même jusqu’à encourager l’enfant à entretenir le mensonge pour les membres de la famille qui sont plus jeunes.
De la même façon, bien des parents encouragent leurs enfants à ne pas parler à des inconnus, à ne pas les suivre et à se méfier des inconnus qui leur offrent une sucrerie ou un cadeau. Pourtant, durant la période de Noël, le discours diffère et ce, même quand l’enfant montre qu’il est effrayé, qu’il ne veut pas aller faire la photo sur les genoux de cet homme qui lui fait peur. J’ai pu entendre des parents faire du chantage à leurs enfants et leur dire qu’ils auront droit à une sucrerie ou un cadeau de cet étranger s’ils acceptent de faire la photo avec le Père Noël, je trouve que cela envoie un message contradictoire.
Enfin, quand j’écoute les témoignages de personnes sur leur croyance au Père Noël lorsqu’ils étaient plus jeunes, j’entends beaucoup de frustration. La frustration de toujours rater le moment où le Père Noël est passé, de ne pas avoir pu le voir manger le biscuit ou boire le lait préparé pour lui, de ne pas avoir pu reconnaître le « vrai » parmi tous ceux croisés en magasin, etc. etc. Et, si la frustration n’est pas forcément quelque chose de néfaste en soi (tout comme le fait de ne pas tout comprendre), le fait de la créer intentionnellement sans raison particulière, pose quand même question.
Pour conclure :
Vous l’aurez compris, je suis favorable au fait de ne pas faire croire au Père Noël et cela résulte d’un choix mûrement réfléchi après multiples lectures à ce sujet.
Certains parents mettent en avant leur foi en un Dieu ou non pour justifier le fait de faire croire ou pas au Père Noël, la réalité c’est que les parents soient croyants ou non, il demeure le fait que les divers points cité ci-dessus restent valables.
Bien sûr, les enfants qui croient ou ont cru au Père Noël n’en meurent pasmais est-ce si bon pour eux de leur faire croire à cette histoire ? A chacun de se faire son avis.
Le but de cet article n’est pas d’accabler les personnes qui par coutume, pour l’imaginaire, l’émerveillement etc. pensent différemment de ce qui est écrit ici. Il y a souvent une bonne raison d’agir de telle ou telle façon. Les parents ne sont pas ni bons ni mauvais parce qu’ils font croire ou non au Père Noël. Si de façon collectif, il est d’usage de faire croire au Père Noël, il est aussi possible d’ouvrir sa réflexion et d’accepter le choix de certains parents de faire différemment.
Cela n’empêche pas à la plupart des parents qui choisissent de ne pas faire croire au Père Noël de créer une ambiance de Noël chez eux avec des décors merveilleux et des guirlandes qui illuminent le logement, des odeurs de gâteaux de Noël, des musiques de Noël, d’offrir des cadeaux à leurs enfants, de voir leurs enfants s’émerveiller devant les décorations, les laisser imaginer eux ce qu’ils ont envie de croire eux … et de simplement expliquer que le Père Noël est un personnage fictif.
Ce n’est pas parce qu’on dit certaines choses aux enfants qu’on les empêche forcément de vivre une certaine innocence liée à leur enfance … ❤
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